Sur un chantier, dans un atelier ou en milieu hospitalier, le choix des chaussures professionnelles conditionne la sécurité, le confort et la conformité réglementaire. Bien que les termes soient souvent confondus, il existe des distinctions strictes basées sur les risques réels du terrain.
Le cadre normatif : La base commune
Toutes les chaussures professionnelles reposent sur la norme EN ISO 20344, qui définit les méthodes d’essai. Les chaussures sont classées en trois grandes familles selon les matériaux utilisés :
- Classe I : Chaussures en cuir et autres matériaux (hors tout polymère).
- Classe II : Chaussures tout polymère (caoutchouc ou PVC vulcanisé/moulé), naturellement étanches.
- Hybrides : Combinaison des deux classes.
Les trois grandes catégories de protection
Le point central de différenciation est la présence et la résistance de l’embout de protection (coque).
Chaussures de sécurité (NF EN ISO 20345) – Symbole “S”
Offrant la protection maximale, elles sont obligatoirement équipées d’un embout résistant à :
- Un impact de 200 Joules (chute d’un objet de 20 kg d’une hauteur de 1 m).
- Un écrasement de 15 kN (environ 1,5 tonne).
Chaussures de protection (NF EN ISO 20346) – Symbole “P”
Destinées à des risques modérés, leur embout résiste à :
- Un impact de 100 Joules (chute de 10 kg d’une hauteur de 1 m).
- Un écrasement de 10 kN (environ 1 tonne).
Chaussures de travail (NF EN ISO 20347) – Symbole “O”
Contrairement aux précédentes, elles ne possèdent aucun embout de protection contre les chocs ou l’écrasement. Elles sont identifiées par le symbole “O” (pour Occupational). Leur priorité est le confort, l’adhérence et la protection contre d’autres risques (chimiques, glisse, humidité). Voir notre article complet sur la norme EN 20347 des chaussures de travail.
Synthèse des caractéristiques
| Type | Norme | Symbole | Protection Orteils | Métiers Types |
|---|---|---|---|---|
| Sécurité | EN ISO 20345 | S | 200 J / 15 kN | BTP, Industrie lourde, Logistique |
| Protection | EN ISO 20346 | P | 100 J / 10 kN | Artisanat, Maintenance légère |
| Travail | EN ISO 20347 | O | Aucune | Santé, Restauration, Nettoyage |
Niveaux de performance et marquages additionnels
Au-delà de l’embout de protection, les chaussures répondent à des niveaux d’exigences (OB, S1, S3, etc.) et à des protections spécifiques.
La protection anti-perforation (P, PL, PS)
Il existe désormais trois types d’inserts testés avec des pointes différentes :
- P : Insert métallique (pointe de 4,5 mm).
- PL : Insert non-métallique (pointe de 4,5 mm).
- PS : Insert non-métallique (pointe fine de 3 mm), offrant une protection contre des objets plus acérés.
Autres risques spécifiques
- SR : Résistance au glissement (exigence fondamentale testée sur sol céramique avec glycérine).
- WPA / WR : Résistance à la pénétration de l’eau (tige ou chaussure entière).
- CI / HI : Isolation contre le froid ou la chaleur.
- HRO : Résistance de la semelle à la chaleur de contact (300°C).
- ESD / A : Dissipation des charges électrostatiques / Propriétés antistatiques.
Comment bien choisir ?
Le choix ne doit pas se porter sur le modèle le plus “résistant” par défaut, mais sur celui adapté au Document Unique d’Évaluation des Risques (DUERP) de l’entreprise.
Conseil de l’expert : Une chaussure surdimensionnée peut générer une fatigue inutile, tandis qu’une chaussure sous-dimensionnée expose à des accidents graves. Il est recommandé de privilégier une période d’essai de 2 à 5 jours pour valider le confort et l’adhérence en situation réelle.
Enfin, n’oubliez pas que l’entretien est crucial : une semelle encrassée perd ses propriétés antidérapantes, et un cuir mal entretenu perd sa souplesse et son hydrofugation.
